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George De Maleville - Les Allegations Et Les Faits Historiques Sur La Question Armenienne!  ( Ermeni İddiaları Ve Gerçekler! )

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Le Parti Dachnak N'a Plus Rien à Faire!

Ce rapport historique présenté en 1923 à Bucarest est interdit en Arménie. Les éditions dans les langues étrangères ont disparu des bibliothèques européennes.

Le rapport a été retrouvé par M. Mehmet Perinçek, chercheur de l'Université d'Istanbul, à la bibliothèque de Lénine à Moscou et il a été traduit du russe en turc par le turcologue M. Arif Acaloğlu et il est traduit du turc en français par le Dr. Orhan Altan.

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Tragédie de 1915 : un haut responsable dashnak avoue la responsabilité arménienne!

Hovhannes Katchaznouni, ancien Premier ministre arménien et haut responsable du Parti Dashnaktsoutioun (ultranationaliste), témoigne et fait des aveux accablants

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The Armenian Revolutionary Federation (Dashnagtzoutiun) has nothing to do any more.

The Manifesto of Hovhannes Katchaznouni, First Prime Minister of the Independant Armenian Republic

Translated from thr Original by Matthew A. Callender
Edited by John Roy Carlson (Arthur A. Derounian)

Published by the Armenian Information Service
Suite 7D, 471 Park Ave.
New York 22

1955

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Le texte qui suit est le résumé d’un livre important intitulé "La Fédération Révolutionnaire Arménienne (Dashnaktzoutioun) n’a plus rien à faire". L’auteur en est Hovhannes Katchaznouni [1], le premier des Premier ministres de la République arménienne indépendante de 1918-1920. C’est en fait un manifeste qu’il présenta à la Convention des branches de l’étranger de la Fédération Révolutionnaire Arménienne, qui se tint en avril 1923 à Bucarest, en Roumanie. Convaincu que les questions qu’on y soulèverait seraient l’objet d’une attention particulière, non seulement des membres du parti Dashnak, mais d’autres Arméniens également, Hovhannes Katchaznouni pensa qu’il était de son devoir de publier son manifeste, et de le verser ainsi dans le domaine public.

La version arménienne du livre fut publiée à Vienne par les éditions Mihitarian en 1923. La version anglaise parut à New York en 1955, grâce au Service d’Information Arménien. Il fut traduit de l’original par Matthew A. Callender, et édité par John Roy Carlson (Arthur A. Derounian).

Un petit détail digne d’être noté : il est plutôt difficile, impossible même, de trouver ce livre aujourd’hui dans les bibliothèques du monde. Etant donné ce que relate l’ancien Premier ministre de son expérience dashnak, il est fort possible que certains Arméniens ne tiennent pas à le voir figurer sur la liste des acquisitions des bibliothèques. Dans certaines d’entre elles, il est inscrit dans le catalogue, mais il n’est pas possible de le trouver sur les rayons.

Dans son "Introduction" à la version anglaise, l’éditeur déclare que "la vérité historique ne peut être occultée à jamais", et que "quelle que soit la force avec laquelle les propagandistes Dashnaks essaient de travestir ou d’enterrer la vérité et glorifier l’échec de leur République arménienne indépendante, la vérité, à la fin, doit triompher". Il présente très justement l’auteur comme un "pilier de la Dashnagtzoutioun". Il ajoute que "peu de personnes étaient en mesure d’en savoir davantage, ou de s’exprimer avec plus de clarté, de logique et de prescience de l’avenir que Hovhannes Katchaznouni" (p. 3).

La version anglaise est un condensé des paroles d’adieu de Katchaznouni aux Dashnaks. Les premières sept pages et demie sont traduites littéralement "verbatim", mais ensuite, le texte ne comprend que "des extraits de ses arguments" (p.8). Apparemment la version arménienne comporte le texte complet et une traduction en turc (61 pages dactylographiées). Comme ce fut bien exprimé par l’éditeur, "l’oeuvre de Katchaznouni est une source fondamentale de l’histoire des Dashnaks" (p. 3). En conséquence, cet article citera principalement, ou reprendra certains de ses arguments, et mettra ainsi à la disposition du lecteur une publication actuellement difficile à se procurer.

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Durant les deux années et demie de son existence (1918-1920), la République arménienne indépendante eut quatre Premiers ministres et sept cabinets ministériels. Hovhannes Katchaznouni fut le premier Ministre du premier Cabinet, dans lequel A. Manougian détint le portefeuille de l’Intérieur, A Khatissian celui des Affaires étrangères, A. Hakhverdian celui de la Guerre et K. Gardjigian celui des Finances.

Katchaznouni avait "porté délibérément une grande attention" aux sujets qu’il discuta à la Convention. Il demanda aux membres du parti "d’aborder les problèmes avec un esprit ouvert". Dans une tentative de donner un commentaire concis des événements depuis le début de la Première Guerre Mondiale jusqu’à la Conférence de Lausanne, il formula l’attitude, dès le début, des bandes arméniennes, selon les termes suivants :

"Au début de l’automne de 1914, lorsque la Turquie n’était pas encore entrée en guerre, mais en avait cependant entrepris les préparatifs, les bandes révolutionnaires arméniennes commencèrent à se former en Transcaucasie, dans un grand enthousiasme, et avec spécialement beaucoup de battage. Contrairement à la décision prise au cours de leur Assemblée Générale à Erzurum, quelques semaines auparavant seulement, la Fédération Révolutionnaire Arménienne participa activement à la formation de ces bandes et de leur future action militaire contre la Turquie.

Dans une entreprise d’une telle gravité, comportant les conséquences les plus sérieuses, des agents individuels de la Fédération Révolutionnaire Arménienne de Transcaucasie agirent contre la volonté de notre autorité suprême, contre la volonté de l’Assemblée générale du Parti... Au cours de l’automne de 1914, des bandes de volontaires arméniens s’organisèrent elles-mêmes et combattirent contre les Turcs, car ils étaient incapables de se retenir d’organiser et de batailler. Ceci fut un résultat inévitable de la psychologie dont s’abreuva le peuple arménien pendant une génération entière : cette mentalité ne pouvait que s’exprimer, et elle le fit." (p. 5)

Katchaznouni croit que "la formation de ces bandes fut une erreur" et que les Arméniens participèrent à ce mouvement, pour la majorité d’entre eux, "contrairement à la volonté de l’Assemblée Générale du Parti". Il écrivit que les Arméniens "s’étaient tournés de tout coeur vers la Russie, sans aucun scrupule" (p. 6). Il déclare :

"Nous avions créé une atmosphère lourde d’illusions dans nos propres esprits. Nous avions cru implanter nos propres désirs dans l’esprit des autres ; nous avions perdu le sens de la réalité, et nous nous laissâmes entraîner par nos rêves... On attira l’attention sur une sorte de lettre de Vorontzov-Dashkov au Catholicos... comportant des généralités... qui pouvaient être interprétées de toutes les manières..."

Katchaznouni dit qu’ils avaient "surestimé les capacités du peuple Arménien". Ceci bien entendu dans le sens de "puissance politique et militaire..., de l’étendue et de l’importance des services rendus par les Arméniens aux Russes ". Il ajoute : "Et en surestimant notre très modeste valeur, et mérite, nous exagérions naturellement nos espoirs et nos attentes". Il admet que la cause des Dashnaks ne représentait pour les Russes qu’une "phase fortuite et insignifiante" (p. 7). Ils avaient tiré des conclusions, comme si le problème arménien "était le centre de gravité de la Grande Guerre, sa cause et son but". Il déclare : "lorsque les Russes avançaient, nous nous disions du fond de notre pensée subconsciente qu’ils venaient pour nous sauver."

Cependant, Katchaznouni affirme également qu’un des aspects principaux de ce qu’il appelle "la psychologie nationale arménienne... est de chercher des causes extérieures aux malheurs de l’Arménie". Il dit : "On pourrait vraiment croire que nous trouvions une consolation spirituelle dans le fait que les Russes se conduisirent avec scélératesse envers nous, (plus tard ce serait le tour des Français, des Américains, des Britanniques, des Géorgiens, des Bolcheviques, le monde entier était à blâmer.)" (p.8)

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Le territoire de la République arménienne fit autrefois partie d’une des provinces éloignées de l’empire russe des Tsars, appelée Transcaucasie. A la suite du déclenchement de la Révolution russe au printemps de 1917, le gouvernement provisoire de Kerensky, en place à l’époque, créa un organisme administratif spécial, appelé le Commissariat de Transcaucasie. Lorsque les Bolcheviques renversèrent le gouvernement de Kerensky, le Commissariat déclara, de son propre chef, qu’il détenait l’autorité suprême en Transcaucasie, ceci le 28 novembre 1917. En février 1918, le Seim, ou Assemblée législative de Transcaucasie, se réunit à Tbilissi, accepta la démission du Commissariat, et créa un gouvernement provisoire pour le remplacer. Le 22 avril 1918, la République Fédérale de Transcaucasie fut créée.

Les trois ethnies principales de Transcaucasie étaient les Azeris, les Géorgiens et les Arméniens. La République Fédérale dura environ cinq semaines ; le 26 mai 1918, elle prit fin. Le même jour la Géorgie déclara son indépendance, l’Azerbaïdjan et l’Arménie en firent de même deux jours plus tard. Le Traité de Batoum fut signé le 4 juin 1918 entre la Turquie et les Républiques de Transcaucasie.

L’Arménie fut fondée avec pour base une forme républicaine de gouvernement. Il y avait un corps législatif, consistant en un parlement élu, et un corps exécutif, le Cabinet. Elle n’avait pas de président, dont les fonctions furent assumées en partie par le Parlement et en partie par le Cabinet. La souveraineté résidait en un parlement de 80 membres, siégeant en une chambre unique, et composé des représentants des quatre partis politiques. Le vote était direct et secret, et les élections basées sur un système de représentation proportionnelle. Le Cabinet était composé de huit ministres. Le Premier ministre, élu par le Parlement, était à la tête du gouvernement. Il désignait les ministres, mais les présentait au Parlement pour approbation, Parlement devant lequel le Cabinet dans son ensemble était responsable.

Katchaznouni, dans son livre, dit cependant "que ceci était seulement pour la forme. Mais la réalité était différente" (p.8). Dans un mémorandum daté du 28 octobre 1919, adressé au gouvernement des Etats-Unis, le même Katchaznouni avait décrit la République arménienne comme étant une démocratie. [2] Plus loin dans son livre il conclut :

"En pratique, notre parti visait à se soumettre, et à contrôler, le corps législatif et le gouvernement. Nous n’avions pas le courage, ni la capacité de déclarer ouvertement que nous étions une dictature... Il n’y avait pas de Parlement ; ce ne fut qu’une forme vide, sans contenu. Les problèmes de l’Etat étaient discutés et résolus derrière des portes fermées... En réalité, il n’y avait même pas de faction parlementaire, parce que cette dernière se trouvait sous la très stricte supervision du Bureau du Parti Dashnak, et était tenue d’exécuter ses ordres. Il n’y avait pas davantage de gouvernement. Celui-ci était également soumis au Bureau ; c’était une sorte de corps exécutif, dans l’Etat, pour le Bureau." (pp. 8-9)

L’ouverture du Parlement de la République arménienne indépendante eut lieu le 1er août 1919. Il avait l’apparence d’être un organisme composé des représentants du peuple. Katchaznouni écrit : "C’était étrange et décourageant de constater que 72 des 80 membres étaient des Dashnaks, avec seulement quatre membres représentant les autres partis. Il n’y avait pas de parti d’opposition pour effectuer le moindre contrôle... Ce n’était pas un Parlement, mais une caricature de Parlement... (p. 9) Le Bureau du Parti Dashnak avait remplacé le Parlement en établissant sa propre règle dictatoriale."

Le cinquième Cabinet, sous la présidence de A. Khatissian, avait démissionné, et le sixième, sous la présidence de H. Ohanchanian, fut formé selon les injonctions du Bureau. Ce dernier présenta au Parlement une liste de ministres déjà préparée d’avance, et ce Parlement fut ajourné sine die. Katchaznouni résume : "Le Parlement arménien avait donné un gouvernement dictatorial au Dashnagtzoutioun - à son Bureau".

La guerre entre les Turcs et les Arméniens se déclencha en automne 1920. Mais il n’y avait plus de Turquie écrasée comme en 1918. Un biographe Anglais d’Atatürk écrit : "la politique étrangère de Mustafa Kemal était basée non sur l’expansion, mais sur la rétraction des frontières ; sa politique intérieure fut basée sur la fondation d’un système politique qui serait apte à lui survivre. Ce fut dans cet esprit réaliste qu’il entreprit la régénération de son pays, transformant l’étalement du vieil Empire ottoman en une nouvelle République turque compacte". [3]

Les Turcs formèrent un gouvernement représentatif à Ankara, à l’époque même où les Dashnaks essayaient d’en faire de même au Caucase. L’expérience tentée à Ankara était nouvelle de bien des manières. L’idée d’un gouvernement représentatif et d’une république était toujours présente à l’esprit de Mustafa Kemal. Déjà du temps du deuxième régime constitutionnel (1908), il était persuadé qu’il fallait abolir le Sultanat. Plusieurs mémoires Turcs révèlent ses premières déclarations, tandis qu’il était en service à Salonique (sa ville natale), et plus tard à Alep (Syrie), sur l’impérieuse nécessité d’établir une forme républicaine de gouvernement. [4]

En tenant compte des conditions prévalant à la fin de la Première Guerre Mondiale, un Etat turc indépendant, fondé sur la souveraineté nationale semblait être la seule alternative après le démembrement récent de l’Empire ottoman. Sa vieille capitale était occupée, les membres du Parti Union et Progrès étaient en fuite, et le Sultan complètement impuissant. Un nouveau gouvernement devait être formé ; la tâche qu’il avait à accomplir nécessitait le concours actif de tout le peuple ; et le succès dépendait de la participation démocratique du peuple à la lutte. En dehors de considérations théoriques, l’établissement d’une république apparaissait comme la seule alternative pratique. Le nouveau gouvernement d’Ankara se basa sur le régime républicain, avant même la proclamation officielle de la République le 29 octobre 1923.

Dans le gouvernement nouvellement mis en place à Ankara, il n’y avait pas d’autorité qui soit supérieure à celle de la Grande Assemblée Nationale, dont chacun des membres pouvait poser des questions et interroger contradictoirement non seulement les membres du gouvernement, mais Mustafa Kemal lui-même, même au sujet de la tactique militaire de ses déplacements de troupes. Ce droit d’examiner à fond, cette interrogation résolue, ce droit solennel de discussion des affaires de l’Etat, furent toujours la règle, même pendant les heures les plus critiques. Mustafa Kemal, en tant que président de la Grande Assemblée Nationale, et en tant que commandant en chef en exercice, répondait aux questions du plus minutieux détail alors que l’on pouvait entendre de la salle de l’Assemblée le grondement de l’artillerie ennemie.

A propos de la guerre avec la Turquie, Katchaznouni écrit :

"La guerre avec nous était inévitable... Nous n’avions pas fait tout ce que nous aurions dû faire pour échapper à la guerre. Nous aurions dû user d’un langage pacifique avec les Turcs... Nous n’avions pas d’informations sur la force réelle des Turcs, et nous avions confiance en la nôtre. Ce fut là l’erreur fondamentale. Nous n’avions pas peur de la guerre, parce que nous étions sûrs de pouvoir la gagner... Lorsque les escarmouches commencèrent, les Turcs proposèrent que nous les rencontrions et conférions avec eux. Nous ne l’avons pas fait, et nous les avons défiés. Notre armée était bien nourrie et bien armée, bien équipée, mais elle ne combattit pas. Les troupes battaient constamment en retraite et désertaient leurs positions ; les soldats jetaient leurs armes et se dispersaient dans les villages. Notre armée était démoralisée pendant cette période de luttes intestines, la destruction stupide et le pillage qui continuèrent sans encourir de châtiment. Elle était démoralisée et fatiguée. Le système des bandes errantes, qui était spécialement encouragé par le Gouvernement du Bureau, détruisait l’unité de l’organisation militaire..." (pp. 9-10)

En dépit du fait que les Arméniens aient disposé d’un meilleur matériel et d’une aide plus grande, leurs armées furent vaincues. Bien que les politiciens et les écrivains arméniens aient, pendant des années, critiqué le gouvernement ottoman pour n’avoir pas rendu obligatoire pour les Arméniens le service militaire, les Arméniens eux-mêmes n’admirent pratiquement pas de Musulmans dans l’armée de la République arménienne. [5] Et les Turcs, lors de leur avance, ne combattirent que contre les troupes régulières ; ils ne portèrent pas le combat dans le secteur civil. Edward Fox, le commandant américain du secteur de Kars, dans un télégramme daté du 31 octobre 1920 [6] adressé à l’amiral Bristol, le Haut-Commissaire des Etats-Unis à Istanbul, écrivit que les Américains continuaient à s’occuper des enfants arméniens comme par le passé, que les soldats Turcs étaient bien disciplinés, et qu’il ne se perpétrait aucun massacre. De tels établissements missionnaires ou philanthropiques ne protégeaient que les enfants arméniens, et jamais ne s’occupèrent des milliers d’enfants turcs qui étaient devenus orphelins par suite du massacre par les Arméniens de leurs parents et de leurs familles. [7]

Lorsque, le 2 novembre 1920, les armées de Kâzim Karabekir Pacha atteignirent Gümrü (Alexandropol, maintenant Leninakan), le gouvernement issu du Bureau présenta sa démission. Simultanément, à quelques heures de distance, tandis qu’une délégation Dashnak conduite par le Premier ministre démissionnaire négociait avec les Soviets, une autre délégation Dashnak conduite par un Premier ministre précédent, négociait avec les Turcs. Il fut décidé que ceux qui mèneraient les négociations devaient être des hommes nouveaux. Un nouveau gouvernement fut formé, sous la direction de Simon Vratzian.

Les pourparlers avec les Turcs aboutirent au Traité de Gümrü [8], signé le 2 décembre 1920. Il y est stipulé que les gouvernements turc et arménien "dans l’intention de mettre fin aux hostilités, et de trouver les bases d’un accord, ont délibéré afin d’examiner les faits". Kâzim Karabekir Pacha (commandant du front oriental), au nom des Turcs, et Alexandre Khadissian (Premier ministre), au nom des Arméniens, participèrent à ces délibérations.

Les discussions aboutirent à l’accord suivant : l’état de guerre entre la Turquie et la République arménienne devait prendre fin. Les territoires reconnus à la Turquie devaient le rester "en fonction de droits historiques, ethniques et légaux irréfutables". Les deux parties se mirent d’accord pour permettre le retour des réfugiés à travers les anciennes frontières, à l’exception de ceux qui, durant la Première Guerre Mondiale, rejoignirent l’armée ennemie, ainsi que de ceux qui avaient traversé les territoires occupés et y avaient perpétré des massacres. Les revendications des réfugiés qui ne seraient pas revenus une année après la ratification du Traité ne seraient plus prises en considération. Les deux parties se mirent d’accord "pour renoncer à leur droit de demander le paiement de dommages de guerre". Ils renonçaient ainsi pour toujours à recevoir des réparations. L’abandon du droit au paiement de dommages de guerre s’appliquait également aux dépenses importantes supportées par la Turquie pendant deux ans, en raison de la nécessité urgente où elle s’était trouvée de faire la guerre à cause de l’Arménie. Le gouvernement d’Erevan déclara que le Traité de Sèvres était nul et non avenu. Il promit de rappeler les "délégations qui avaient été des outils aux mains de pays impérialistes" et de se tenir à l’écart de tous ceux qui "poursuivent des buts impérialistes". L’Arménie se déclara d’accord de considérer comme nuls et non avenu tous les traités signés par la République arménienne et se rapportant à la Turquie, ou qui étaient contraires aux intérêts Turcs.

Pendant ce temps, les Bolcheviques arméniens entrèrent à Itchevan et à Dilijan. "Existait-il un accord entre les Bolcheviques et les Turcs ?" demande Katchaznouni, et il répond : "Dans nos rangs, cette conviction était largement répandue. Je pense cependant que c’était à tort... Les intrigues des Bolcheviques ne furent pas la raison de notre défaite, ni la puissance des Turcs... mais notre propre incompétence ! Naturellement les Bolcheviques tirèrent parti de notre défaite, et c’était bien naturel, mais il n’était pas nécessaire pour cela qu’ils se soient entendus avec les Turcs." (p.11)

Le jour où le gouvernement de Vratzian signa l’accord avec les Turcs, il démissionna et remit le pouvoir aux Bolcheviques. Katchaznouni dit :

"Les Bolcheviques entrèrent en Arménie sans rencontrer la moindre résistance. Ceci conformément à la décision de notre Parti. Il y eut deux raisons d’agir de cette façon : tout d’abord, nous n’étions pas en état de résister, même si nous l’avions voulu... ensuite, nous espérions que les autorités [arméniennes] soviétiques, appuyées par la Russie [bolchevique] seraient en mesure d’introduire un peu d’ordre dans l’Etat, une chose que, laissés à nous-mêmes, nous avions été incapables d’accomplir, et il devenait évident que nous en serions toujours incapables. Nous désirions laisser les Bolcheviques gouverner le pays sans faire aucune obstruction, rester loyaux envers le nouveau gouvernement, coopérer avec leur oeuvre utile ." (p. 11)

La décision, naturellement, ne fut pas prise à l’unanimité. Il y en eut quelques uns pour s’opposer aux Bolcheviques "même s’ils savaient leur défaite inévitable". Ils n’étaient pas très nombreux et, quand leur proposition fut rejetée, ils quittèrent le pays. Il y eut une autre minorité de soi-disant "Dashnaks de gauche" dont les Bolcheviques se méfiaient et qu’ils rejetèrent. Mais, dans un dernier effort pour repousser les Soviets, les Dashnaks organisèrent contre eux, le 18 février 1921, une contre-révolution. Simon Vratzian, le dernier Premier ministre, envoya la note suivante, datée du 18 mars 1921, à Bahaeddin Bey, le représentant de la Turquie à Erevan :

"Je vous prie de faire parvenir promptement la présente requête à vos autorités supérieures. Le gouvernement arménien requiert du gouvernement de la Grande Assemblée Nationale de Turquie qu’... il... envoie des munitions à l’armée arménienne... et nous communique si le gouvernement de la Grande Assemblée Nationale considère la possibilité de faire parvenir une aide militaire à l’Arménie, et si oui, dans quelle mesure et quand ?" (p. 24)

Le gouvernement d’Ankara n’aida pas les Dashnaks, et les Soviets les expulsèrent du sol arménien en avril 1921. Vratzian demanda asile à l’Iran, d’où il partit pour l’Europe via Istanbul, devint finalement un citoyen des Etats-Unis, et mourut à Beyrouth. [9]

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Katchaznouni questionne : "Quelle fut notre activité diplomatique dans le monde... et quels en furent les résultats ?" (p 12). Au printemps de 1919, la délégation à Paris de la République arménienne, conjointement à la délégation des Arméniens de Turquie, présenta un mémorandum des revendications arméniennes adressé à la Conférence de la paix. Selon ce mémorandum, les frontières de l’Etat arménien devaient comprendre : la République agrandie du Caucase, y compris Kars ; les sept provinces ottomanes de l’Anatolie de l’est et du sud (soit les provinces de Van, Bitlis, Diyarbakir, Harput, Sivas, Erzurum et Trabzon) ; et les quatre sandjaks de Cilicie (Maras, Sis, Cebel-i Bereket et Adana) plus Hatay (Alexandrette). Il est instructif de lire l’évaluation que fit Katchaznouni des revendications arméniennes, en ce qui concerne les frontières :

"On était en train d’organiser et de réclamer un vaste Etat, une Grande Arménie s’étendant de la Mer Noire à la Méditerranée, des montagnes de Karabagh au désert d’Arabie. D’où cette demande impériale, stupéfiante pouvait-elle émaner ?... Comment fut-il possible que notre délégation signe la demande d’un Etat s’étendant ’de la mer à la mer’ ? On raconta qu’ils ne demandèrent pas ces frontières fascinantes, les Arméniens de Turquie (par l’entremise de leur délégation nationale) détachèrent leur cause de celle de la ’République de l’Ararat’, et s’adressèrent en conséquence eux-mêmes aux Puissances siégeant à la Conférence. On dit également à notre délégation que l’Amérique n’accepterait pas un mandat sur une petite Arménie, mais accepterait un mandat sur une Arménie s’étendant ’d’une mer à l’autre’... Le mémorandum de Paris, naturellement, nous électrisa. Une espèce de mentalité se créa, selon laquelle le tracé des frontières sur le papier nous mettait réellement en possession de tous ces territoires. En douter était une trahison..." (p. 12)

Alors s’ensuivit, selon les termes mêmes de Katchaznouni "un rude réveil". Le Traité de Sèvres, signé le 10 août 1920, que l’on ne pouvait contraindre les Turcs à reconnaître, dut être abandonné. Lord Kinross écrit que ce fut "un des premiers résultats de ce ’cirque’ de conférences alliées... qui suivirent la signature du Traité de Versailles" [10]. L’Empire ottoman était démantelé en une série de petits Etats et en sphères d’influence étrangères. La Turquie devait abandonner non seulement ses possessions arabes, ce à quoi elle s’était résignée, mais encore les Grecs devaient recevoir la Thrace entière, Izmir (Smyrne) et son arrière-pays, ainsi que huit îles de la Mer Egée (le Dodécanèse étant attribué à l’Italie). En plus d’une Arménie indépendante, une grande partie de l’Anatolie fut divisée en zones d’influence française et italienne. Les Détroits devaient être placés sous contrôle international, Istanbul n’étant plus qu’une simple enclave en territoire occupé par les Européens. Les capitulations haies furent encore étendues, et les finances de la Turquie devaient être dirigées par les Alliés. La Turquie elle-même devait devenir un Etat sans façade maritime, et n’avoir qu’une vague souveraineté. L’armée turque devait devenir une force symbolique, sous supervision étrangère, et même une gendarmerie limitée serait commandée par des étrangers. Lorsque les Grecs s’avancèrent le long des rives de la Mer de Marmara, Lloyd George, le Premier ministre britannique, enthousiaste, crut que les Turcs étaient battus et "s’enfuyaient avec leurs armées vers La Mecque" (sic). Lorsque "Ankara" détrompa son ministre des Affaires étrangères, Lloyd George répliqua : "Lord Curzon est bien bon de me faire une remontrance à propos de quelque chose d’insignifiant" [11]. Le Premier ministre britannique, manquant d’une connaissance élémentaire de la géographie turque, avait cependant la prétention d’être une des forces motrices lors du démembrement du pays.

Le Traité de Sèvres devint caduc avant même qu’il ne soit prêt à être signé. Les conférences alliées, au milieu d’une ronde continue de divertissements, n’avaient aucun moyen d’imposer la création d’un Etat arménien indépendant, par quelque action militaire que ce soit. Et aucun pays sous mandat ne pouvait le faire. Lorsque le président Wilson annonça qu’il était prêt à arbitrer le délimitation des frontières, l’arbitrage n’eut aucune relation quelconque avec la réalité. Le Traité de Gümrü, le premier accord international à être contracté par le gouvernement d’Ankara, rendit à la Turquie sa frontière occidentale traditionnelle, le long du cours des fleuves Aras et Arpaçay. Les Bolcheviques, qui avaient battu l’armée de Wrangel, entrèrent à Erevan, sans qu’un seul coup de feu soit tiré. Le gouvernement d’Ankara et la Russie soviétique signèrent le Traité de Moscou le 16 mars 1921 [12], indiquant sur la carte une ligne représentant la frontière entre les deux pays, telle qu’elle subsiste aujourd’hui encore entre la Turquie et les pays issus de l’Union soviétique. Ceci est une frontière qui est, et restera, permanente. Le Traité de Kars, 14 daté du 13 octobre 1921, ratifia dans l’ensemble les dispositions du Traité de Moscou. Reprenant les clauses territoriales relatives à la frontières nord-est de la Turquie, il réaffirma l’établissement du Nakhitchevan sous la souveraineté de l’Azerbaïdjan. L’annexe I du Traité de Kars décrit la frontière entre la Géorgie soviétique, le Nakhitchevan et la Turquie. Le 20 décembre 1922, les trois Républiques soviétiques de Transcaucasie fusionnèrent avec l’Union soviétique.

A propos de la réaction de certains Arméniens face à ces développements inévitables, Katchaznouni écrit : "On entendit les plaintes habituelles quant à l’injustice des grandes puissances, qui ne nous appréciaient pas et ne nous dédommageaient pas à la mesure de ce que nous méritions" (p. 13). Chacun sait que le Traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, remplaça le Traité de Sèvres. Alors que les Français signèrent le 20 octobre 1921 avec le gouvernement d’Ankara un accord (qui équivalait à une paix séparée entre la Turquie et la France), et que le Sénat des Etats-Unis refusa d’accepter un mandat sur l’Arménie (dont les frontières établies par le président Wilson n’avaient pas satisfait les Arméniens), Chicherin, selon Katchaznouni, "offrit au nom de la Russie soviétique, d’établir les Arméniens de Turquie en Crimée, sur les rives de la Volga et en Sibérie." (p. 13)

Katchaznouni pose alors la question : "Est-ce que l’arrivée des Bolcheviques fut une calamité pour notre pays ?" Il répond (rappelons que son discours est tenu en 1923) : "Les Bolcheviques sont nécessaires en Arménie... Il n’existe pas d’autre force qui pourrait les remplacer. Ceci est la vérité." (p. 14) Il ajoute :

"Nous avions épuisé toutes nos ressources, nous étions arrivés à une impasse, comme gouvernement et comme parti, en automne 1920. Si les Bolcheviques avaient retardé leur arrivée, nous-mêmes leur aurions demandé de venir..."

*** *** ***

Katchaznouni conclut :

"Les villes européennes sont pleines d’émigrés mécontents de toute espèce, qui publient des journaux, écrivent des livres, appellent à des meetings de protestation..."

Il termine son livre en disant :

"C’est maintenant que je ferai la grave déclaration, dont je sais qu’elle vous embarrassera, mais qui enfin doit être dite, et dite simplement, sans rien cacher ni atténuer : la Fédération Révolutionnaire Arménienne n’a plus rien à faire".

Il proposa "la dissolution du Parti celui-ci n’ayant plus rien à accomplir ni présentement ni à l’avenir" (p. 16).

Après un voyage aux Etats-Unis d’Amérique, Katchaznouni lui-même retourna en Arménie et y passa ses dernières années.

http://www.tetedeturc.com/home/spip.php?article189

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